Environnement – Pollution plastique : Le projet «Ocean Cleanup» peut-il vraiment nettoyer les océans?

Les initiatives et les projets pour “nettoyer les océans” se multiplient.

Céline Garcia a découvert dans “20 minutes.fr”  du 12 Juin 2018, un petit dossier sur le projet “Océan Cleanup”.

Pour accéder à 20minutes.fr et au dossier proposé, cliquer sur le lien ci-dessous :

https://www.20minutes.fr/planete/2288299-20180612-pollution-plastique-projet-ocean-cleanup-peut-vraiment-nettoyer-oceans

Céline Garcia

—- Extraits du dossier sur le sujet —-

—- Et Vidéo Youtube sur le bateau de Laurent Bourgnon—-

Pollution plastique: Le projet «Ocean Cleanup» peut-il vraiment nettoyer les océans?

POLLUTION Cet été, le jeune Néerlandais Boyan Slat mettra à l’eau le premier maillon de son projet  «Ocean Cleanup», des barrières flottantes destinées à nettoyer le vortex de déchets dans le Pacifique nord. Des scientifiques dénoncent un écran de fumée…

«200 millions de tonnes de déchets plastiques ont été rejetées dans les océans depuis 1950», évalue la scientifique Alexandra Ter Halle.
«200 millions de tonnes de déchets plastiques ont été rejetées dans les océans depuis 1950», évalue la scientifique Alexandra Ter Halle. — CATERS/SIPA
  • Le projet « Ocean Cleanup » prévoit de déployer une flotte d’une trentaine de barrières flottantes, en forme de fer à cheval, dans le vortex de déchets du Pacifique Nord. Une première barrière devrait être mise à l’eau en septembre.
  • Derrière ce projet, il y a Boyan Slat, 23 ans et beaucoup d’ambition. Le jeune Néerlandais se dit en capacité de nettoyer 50 % de cet amas gigantesque de déchets plastiques en cinq ans.
  • « Il est illusoire de croire qu’on va nettoyer les océans », mettent en garde plusieurs scientifiques qui préconisent bien plus de chercher des solutions à terre contre cette pollution plastique.

Boyan Slat promet « le plus grand nettoyage de l’histoire ». Et c’est en septembre que l’aventure commence, indique-t-il ce mardi sur Twitter. Le jeune entrepreneur néerlandais, 23 ans, mettra alors à l’eau un premier système de barrières flottantes pour l’acheminer d’ici la fin de l’année dans le vortex des déchets qui flotte dans le Pacifique nord. Le fameux «septième continent», comme il est régulièrement appelé. A mi-chemin entre la Californie et Hawaï, grand comme trois fois la France, il s’est constitué au niveau d’un gyre océanique, un tourbillon d’eau formé de la rencontre de plusieurs courants marins drainant dans leur sillage des déchets en tout genre. Du plastique en particulier.

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50 % du septième continent prélevé en cinq ans ?

Au départ, le Néerlandais partait sur l’idée d’une immense barrière de 100 km en forme de V arrimée au fond marin et équipé de filets dans lesquels s’engouffreraient les morceaux plastiques. Depuis, Boyan Slat et son équipe de 75 ingénieurs ont revu leur copie. Ils imaginent désormais une trentaine de barrières en forme de fer à cheval, d’un ou deux kilomètres. Elles ne seraient non plus arrimées au fond marin mais à une ancre flottante dérivant au gré des courants.

C’est l’un de ces fers à cheval, actuellement en cours d’assemblage en Californie, qu’Ocean Cleanup s’apprête à déployer dans le gyre du Pacifique nord. L’opération devrait être suivie de très près par les médias du monde entier. C’est que le Néerlandais promet régulièrement monts et merveilles : en cinq ans, il se dit en capacité de nettoyer 50 % du septième continent. Soit 36.000 tonnes de déchets plastiques sur les 73.000 comptabilisées lors d’une étude publiée en mars dernier. Ensuite, le Néerlandais s’attaquera aux quatre autres vortex de déchets dans le monde.

Le 23 juin 2016, aux Pays-Bas, Boyan Slat marche devant un prototype de barrières flottantes qu'il souhaite mettre en place dans le Pacifique Nord pour nettoyer les déchets.
Le 23 juin 2016, aux Pays-Bas, Boyan Slat marche devant un prototype de barrières flottantes qu’il souhaite mettre en place dans le Pacifique Nord pour nettoyer les déchets. – Remko de Waal / ANP / AFP

« Juste les macrodéchets »

Un optimisme qui agace de plus en plus de scientifiques. Car même si le Néerlandais atteint son objectif, la vraie question est de savoir à quoi bon ? Jeff Ghiglione, directeur de recherche en écotoxicologie au CNRS, collaborateur de la Fondation Tara Expéditions, commence ainsi par une mise au point : « La technologie élaborée par Boyan Slat ne permettra de collecter que les macroplastiques, c’est-à-dire les déchets suffisamment gros pour être perçu à l’œil nu. » Soit la partie immergée de l’iceberg.

« Une première estimation globale et complète de ces particules flottant à la surface des océans évaluait à 269.000 tonnes la quantité de plastiques flottant à la surface, indique Alexandra Ter Halle chargée de recherche au CNRS où elle travaille sur la fragmentation des plastiques. Or, nous savons aussi que, depuis 1950, ce sont 200 millions de tonnes de plastiques qui ont été rejetées dans les océans. »

Les microplastiques, l’essentiel de la pollution ?

Où est passé le reste ? En mer, les plastiques ne se dissolvent pas mais se fragmentent en petites microparticules inférieures à cinq millimètres. « Ce sont ces microplastiques qui constituent l’essentiel de la pollution plastique des mers et océans, pas les macrodéchets », insiste le navigateur Patrick Deixonne, fondateur de l’association scientifique et de sensibilisation « Expédition 7e continent ».

Vendredi, pour la Journée mondiale des océans, WWF a illustré ce phénomène en faisant un focus sur la pollution plastique en Méditerranée. « Les microplastiques y atteignent des niveaux records », précise le rapport évoquant une concentration quatre fois plus élevée que dans le vortex de déchets du Pacifique nord.

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Contrairement à l’idée de plus en plus répandue d’un seul « continent plastique », en réalité il y aurait des microplastiques partout. « Nous en avons même trouvé en Arctique qu’on pensait vierge de cette pollution », précise Jeff Ghiglione. Alexandra Ter Halle prend alors sa calculatrice. « En ramassant 36.000 tonnes sur les 200 millions déversées dans les océans depuis 1950, Boyan Slat ne s’attaquera qu’à 0,02 % de cette pollution, observe-t-elle. Il se dit en capacité de le faire en cinq ans. Mais sur ce laps de temps, si nous continuons sur cette mauvaise trajectoire de 20 millions de tonnes de déchets venus des continents et rejetés chaque année en mer, ce seront 100 millions tonnes de déchets qui auront terminé de nouveau leur course dans les océans. » Soit 2.777 fois plus que la quantité de déchets que Boyan Slat aura récoltée.

« Dommage qu’il survende son projet »

« C’est tout le problème d’Ocean Cleanup, s’agace alors Jeff Ghiglione. Il laisse penser qu’on peut nettoyer les océans et que cette pollution plastique est en passe d’être résorbée. » Plusieurs scientifiques tiquent aussi sur la méthode employée pour collecter les déchets. « Les barrières flottantes qu’il a imaginées sont l’équivalent d’un dispositif de pêche permanent laissé au beau milieu du Pacifique, note Patrick Deixonne. Si le système parvient à capter les macrodéchets, il est fort à parier qu’il affecte aussi les écosystèmes, bouleverse la faune autour. »

Yvan Bourgnon accorde tout de même un bon point à Boyan Slat : « Celui d’avoir sensibilisé des millions de personnes à la pollution plastique des océans ». Tout en continuant la course au large, le navigateur suisse planche lui aussi sur une solution visant à collecter des déchets plastiques en mer. Il veut construire pour 2022 La Manta, le plus grand multicoque au monde qui sera doté de herses à l’arrière pour ratisser les déchets qui seront remontés à bord via un tapis roulant. « La capacité de collecte de la Manta serait de 1.200 m² avant de devoir regagner un port, précise-t-il. Nous n’allons pas nettoyer un continent de plastiques avec ce bateau et nous n’avons jamais eu la prétention de le faire. En revanche, à moins de 50 miles des côtes, à l’embouchure des grands fleuves et au large des mégapoles, la Manta peut faire sens sur la collecte des macrodéchets ou pour aider à résorber des épisodes de pollution très localisés. »

Yvan Bourgnon est convaincu que les barrières flottantes de Boyan Slat pourraient aussi faire sens dans ce cas de figure précis. « Et non en haute mer dans les gyres océaniques, estime-t-il. Dommage qu’il survende son projet. »

« Les solutions sont à trouver à terre »

Jeff Ghiglione et Patrick Deixonne, eux, n’en démordent pas. « Les solutions à la pollution plastique des océans sont à trouver à terre », martèlent-ils tous deux. Là où nous produisons, consommons puis jetons ces millions de tonnes de plastiques chaque année. Sensibiliser les consommateurs aux emballages superflus, améliorer la collecte et le recyclage des plastiques, ramasser efficacement les macrodéchets dans les cours d’eau, « ces véritables autoroutes à plastiques vers les océans »…

La liste des défis à relever est longue et complexe. Ce sera justement la thématique du prochain congrès, le 21 juin prochain, de la Fnade (Fédération française des activités de dépollution et de l’environnement).

Jean-Marc Boursier, directeur général adjoint de Suez et président de la Fnade, ajoute une autre priorité encore : « celle de donner de la valeur aux déchets plastiques ». « Autrement dit, nous devons arriver à instaurer un système dans lequel la valeur de la matière plastique est supérieure au coût de sa collecte et de son recyclage », explique-t-il. C’est le cas aujourd’hui pour l’aluminium [le cours était à 2.255 dollars la tonne en avril 2018] ou le cuivre [6.852 dollars la tonne à la même date]. « A ce tarif-là, il n’y a pas une tonne de cuivre qui traîne en Europe », poursuit Jean-Marc Boursier.

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