Méthanisation : des choix citoyens très limités…

1 mars 2016

Méthanisation : choix citoyens très limités…

Les débats qui agitent les politiques et les associations environnementales au sujet de la méthanisation apparaissent, souvent, pour le citoyen de base, comme autant de procès en sorcellerie…
L’actuelle crise du monde agricole, au travers des questions sur les prix des produits et sur les conditions de vie des producteurs, est aussi révélatrice du profond malaise qui mine les rapports du « monde paysan » avec le reste de la société. Travailleurs de la terre, indispensables « acteurs nourriciers », et parfois aussi « empoisonneurs » ; incontournables pourvoyeurs de l’alimentation de tous et souvent, hélas, pollueurs et destructeurs…
L’agriculture intensive, ultra-mécanisée, sous l’emprise d’un phyto-sanitaire omniprésent et rendu indispensable par les industriels de la bio-chimie, Bayer, Monsanto et compagnies… est le symbole même de l’activité qui nourrit et qui tue dans le même temps : abondance des productions végétales et animales nécessaires pour l’alimentation humaine et destruction des paysages ; empoisonnement des terres et des récoltes par herbicides, pesticides et autres moyens rendus indispensables pour un « rendement » maximun.
L’actuel développement de l’agriculture biologique n’est qu’un infime palliatif face à la masse des productions de l’agriculture industrialisée… Réduire l’utilisation des produits phyto-sanitaires, et notamment des pesticides, devient un impératif vital pour tous.
C’est en quoi, l’utilisation des produits qui peuvent se substituer au « bio-chimique intensif », comme les digestats de la méthanisation, pourraient, aujourd’hui, être les indispensables alternatives salutaires.
Or, s’agissant, justement, des digestats de la méthanisation, le débat est loin d’être clos. Va-t-on remplacer la peste par le choléra ? La production, le transport, le stockage et l’épandage de ce nouveau venu dans la panoplie des fertilisants, ne vont pas sans poser questions, problèmes, réactions, oppositions…
Au plan de la production : le digestat est un sous-produit de la méthanisation. La matière organique qui entre dans le méthaniseur devient, par le miracle de la bio-chimie, bio-gaz d’un côté, digestat de l’autre. La nature et le niveau de pollution des intrants va conditionner, pour une large part, la qualité du digestat. Si les intrants sont chargés de métaux lourds et de bactéries résistantes, le digestat a de fortes chances d’en contenir. Les opérations de dépollution doivent donc être particulièrement soignées pour que le produit destiné à l’épandage dans les champs des agriculteurs, soit exempt d’agents dangereux.
Le disgestat doit être transporté et stocké. La noria de camions allant du méthaniseur industriel aux différents points de stockage, cuves aériennes de 8000 m3 ou poches au sol de 5000m3, vont, incontestablement, alourdir le bilan carbone de l’opération ; (C’est pourquoi, les spécialistes de la question souhaitent privilégier la méthanisation en circuits courts, petits méthaniseurs ou méthaniseurs fermiers).
Enfin, pour l’épandage, l’enfouissement immédiat du digestat est indispensable pour éviter les différentes pollutions olfactives. Les CUMA se sont équipées de matériels appropriés et devraient assurer la bonne fin de ces opérations dans les années à venir.
Il n’en reste pas moins vrai que la présence du gros méthaniseur sur la zone industrielle de Villeneuve, INQUIETE… Si les mesures de sécurité limitent, parait-il, au maximum, les risques d’explosions, les villeneuvois qui habitent dans le voisinage de l’entreprise, ont l’insigne honneur, le matin, en ouvrant leurs fenêtres, de pouvoir humer la « légère et doucereuse odeur de merde » qui s’en dégage… Subtile, certes, mais néanmoins omniprésente. Exquis parfum dont peuvent aussi profiter les visiteurs de passage sur la rocade nord, depuis le rond-point du Campanile, jusqu’au pont de Romas, surtout les jours où le vent d’Autan prête son involontaire concours… 
Inquiet, également, le voisinage des cuves et poches de stockage. Inquiets, enfin les riverains des zones d’épandages, en raison des risques de pollutions olfactives et des pollutions chimiques et bactériologiques des sols…
Alors, la peste ou le choléra ? Le Citoyen de base n’a guère le choix. L’un comme l’autre, s’impose, sans grandes voies de recours possibles. Le Maire de Laparade, par exemple, craignant la pollution des terres par les métaux lourds, s’était opposé à l’épandage des digestats sur sa commune. Le Préfet a, malgré tout, donné l’autorisation à la Société Fonroche, d’épandre sur ce territoire…
Alors, pauvre Citoyen : mange, respire, crève à la rigueur, mais tais toi… les industriels en tous genres et les autorités de tous poils ont pensé pour toi. Amen.

Le methaniseur de Villeneuve-sur-Lot – Photo : La Feuille

Alain Zanardo – ingénieur biochimiste INSA Toulouse.

Alain zanardo émet un avis beaucoup plus critique :

Ce gigantesque fermenteur de 8000 mpresque construit va recevoir de la biomasse agricole telle que fumier lisier fientes paille …. mais aussi des matières de la filière viande (et autres) qui nécessite une hygiénisation à 70°C durant 1 h prévue dans le processus avant méthanisation. D’autres substrats contenant des métaux lourds  seront ajoutés en faibles quantités. Il y aura donc une dilution de ces éléments dont les concentrations passeront en dessous des seuils autorisant l’épandage.

En conclusion je m’oppose à ces épandages malgré toutes les qualités de ce procédé. Risque de propagation de maladies type ESB et accumulation dans les sols d’éléments générant des bioaccumulations dans les biotopes agricoles et donc in fine dans les productions agricoles destinées à l’alimentation animale et humaine.

Un autre argument contre ces épandages concerne le nombre de camions et les distances (25 km aller retour par camion de 30 tonnes pour 71 000 tonnes/an) à parcourir pour concentrer la biomasse à fermenter puis pour répartir le digestat dans les 12 lieux de stockages intermédiaires situés prés des zones d’épandages sur 5 km autour de chaque lieu.

Ces lieux présentent un danger d’explosion car le méthane va poursuivre sa migration vers l’air et au taux de 12% de CH4 dans l’air le mélange est explosif. De nombreux lieux de stockages intermédiaires d’ordures ménagères ont explosés en partie haute des hangars car la densité de ce gaz est inférieure à 1 ; il s’accumule en partie haute des réservoirs de stockages.

Le risque d’introduction dans ce fermenteur de matières interdites du fait de leurs concentrations en éléments biocides est grand et difficilement contrôlable sur les quelques décennies de durée de vie de cette installation.

Mon avis est donc défavorable.

 Actualisé le 28 février 2016   

Les camions de l’entreprise Alaniou alimentent le Methaniseur de Villeneuve-sur-Lot

         

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