Notre Cadre de vie malade d’un manque de médecins en milieu rural…

Dans un très bel article, publié dans la Dépêche du Midi du 29 Décembre 2017 (Avec photo archives DDM), Jérôme Schrepf, brosse un tableau fort réaliste de la situation “Offre de Santé” dans les Communes Rurales du Grand Villeneuvois et de ses environs :

Le recrutement de nouveaux médecins, entre casse-tête et surenchère

Actu Santé

On compte 246 médecins généralistes dans le département en 2017 : cette année, il y a 12 installations pour 11 départs, un solde positif pour la première fois depuis 10 ans au moins../ Photo DDM, archives.
On compte 246 médecins généralistes dans le département en 2017 : cette année, il y a 12 installations pour 11 départs, un solde positif pour la première fois depuis 10 ans au moins../ Photo DDM, archives.

Alors que l’agglo de Villeneuve relance un jeu pour attirer des praticiens, Castillonnès vient de voir filer un médecin qu’elle avait recruté. Après à peine un mois.

«On va repasser une annonce». Au bout du fil, le ton de Pierre Sicaud, maire de Castillonnès, est résigné. À la veille de Noël, le médecin recruté par la municipalité et par petites annonces un mois plus tôt avait déjà plié bagage. «Le Dr Ibaraghen arrivait de Morbier, dans le Jura. C’est un médecin de 57 ans qui cherchait un endroit pour finir sa carrière. Il était venu visiter deux ou trois fois le village et les environs : je crois qu’il avait été séduit par la convivialité du Sud-Ouest, la bastide, le climat.»

Cabinet et logement payés

À Castillonnès comme dans les autres villages de France et de Navarre à la démographie médicale vacillante, la mairie y avait mis du sien : «Nous prenions en charge le loyer du cabinet pour un an, nous avions convenu aussi avec lui de payer son loyer pour un an également. Mais c’est la surenchère : certains praticiens demandent qu’on fournisse une voiture, ont des demandes de plus en plus exorbitantes. Les chasseurs de têtes qui sont chargés par certaines collectivités de trouver des docteurs font, eux aussi, grimper les enchères. Là, au bout de quelques jours seulement, il disait que ça ne marcherait pas, qu’il n’avait pas assez de patients. Et il a fini par partir au bout d’un mois.»

Deuxième fois en un an

C’est la seconde mésaventure du genre pour Castillonnès, après l’échec d’une installation d’une femme médecin dans le village à la rentrée 2016. Restée un mois à peine elle aussi : «C’était un peu différent», nuance un habitant du village : «elle devait gérer son cabinet, deux enfants en bas âge, travaillait à Castillonnès et habitait Lauzun. En plus elle est arrivée au moment où un des deux médecins de la commune était malade et a vu arriver un afflux de patients. Elle n’a pas tenu le choc.»

Cette fois, c’est la situation inverse : «Le Dr Ibaraghen trouvait qu’il n’y avait pas assez de patients», soupire Pierre Sicaud. «C’est pareil pour tout, il faut du temps pour se faire une clientèle et il n’a pas été assez patient.» D’autant que les patients, justement, échaudés eux par la mésaventure de 2016, ne se sont pas précipités chez ce nouveau médecin, attendant de voir s’il s’inscrivait dans la durée. Ils ont vu. Et lui serait parti prendre la suite d’un confrère qui arrête son activité au 1er janvier.

«Pas de désert médical»

À Villeneuve, pour la deuxième année, l’agglomération relance son jeu-concours «Votre avenir est ici», à destination des médecins et étudiants en médecine de toute la France. Cinq week-ends pour deux personnes sont à gagner : «Venir s’installer à Villeneuve ou alentours, c’est une décision professionnelle mais aussi un choix de vie, qui se fait souvent à deux», rappelait encore récemment le maire de Villeneuve et président de l’agglomération, Patrick Cassany. «Aussi, découvrir notre territoire, sa douceur de vivre, sa convivialité, ses équipements, sportifs, culturels, médicaux, est primordial pour envisager d’attirer de nouveaux médecins.»

L’enjeu serait donc seulement de faire découvrir des zones rurales à l’image dégradée ou déformée, dont la qualité de vie peut séduire, y compris des urbains ? Pas seulement évidemment car l’aspect économique de l’activité médicale reste déterminant.

«Il n’y a pas de désert médical», insiste Michel Durenque, président de l’Ordre des médecins, «mais des déserts tout court, où l’on a perdu le garagiste, la Poste et les commerces. Les médecins savent qu’ils ont l’embarras du choix et que les collectivités font de la surenchère. Ils ne viendront pas s’installer si le territoire n’est pas attractif. Il n’y a pas de solution miracle : il faut fédérer autour d’un projet, de maison médicale par exemple, mais aussi développer les services, l’économie, avoir une population suffisante. C’est un ensemble. La pratique de la médecine change et il faudra encore 5 à 10 ans avant de retrouver un niveau de service satisfaisant je pense.»

«On se prend en charge une mission de l’État»

En attendant, les territoires se débrouillent. «On se confie donc à nous-mêmes une mission qui revient à l’État, celle d’assurer une offre médicale de proximité», peste Pierre Sicaud. «Nous avons une population qui a besoin de médecin. Alors on va continuer à chercher.» Même si la quête peut s’avérer longue et peut-être même vaine : «Tant que l’État ne prendra pas à bras-le-corps le problème de la démographie médicale, on ne réglera rien. Il faut contraindre l’installation dans des zones désertées plutôt que de laisser s’agglutiner les médecins en zones urbaines. C’est une question politique.»

La clé ? «Développer les stages»

À mi-chemin entre la contrainte d’installation et la découverte touristique de la CAGV, un autre levier existe : les stages. À Villeneuve, le Dr Marc Hung, longtemps hésitant sur le sujet, a franchi le pas depuis 3 ans et évangélise désormais ses confrères médecins : «On pense qu’ils vont être un frein dans notre activité alors qu’en réalité ils sont une aide précieuse. Les stagiaires que nous recevons pour 6 mois sont des internes avec 6 années de médecine derrière eux, capables de faire des actes. C’est l’occasion pour eux de découvrir le territoire. Vivre et travailler ici, c’est la clé.»

Le chiffre : 15

généralistes  en activité. En Grand Villeneuvois en 2017. Sur 15, 10 ont plus de 60 ans dont 7 plus de 65 ans.

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