Qualité de la vie – Alimentation – Santé : Attention à l’addiction au sucre…

L’alimentation et à la santé sont les paramètres essentiels de la qualité de la vie.  Toujours attentive à ces questions vitales, notre amie Céline Garcia nous conseille la lecture d’un excellent article  de Laurent giordano paru le 5 Février 2018 dans le Figaro.fr, concerant les addictions au sucre… 

Céline Garcia

Comment devient-on accro au sucre?

Comment devient-on accro au sucre?

L’addiction au sucre trouve son origine au plus profond du cerveau, là où agissent toutes les autres drogues.

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Le sucre, blanc comme de la cocaïne… En 2007, Serge Ahmed et son équipe de l’université de Bordeaux relançaient avec virulence un débat qui perdurait depuis des années sur le pouvoir addictif du sucre. Les chercheurs montrent alors que le saccharose a un potentiel d’addiction plus élevé que la cocaïne! Dans leurs expériences, des rats avaient le choix entre une boisson sucrée et des doses croissantes de cocaïne. Et sur 100 rats testés, 94 préférèrent le sucre. Bien vite, au regard de ce pouvoir d’addiction, le sucre fut assimilé à une drogue dure. L’industrie sucrière s’indigna et réfuta ces résultats, faisant valoir entre autres que ces derniers n’étaient en rien applicables à l’homme.

Depuis, les recherches cliniques se sont enchaînées et, affirme Serge Ahmed, «elles laissent penser qu’il existe réellement un syndrome d’addiction aux aliments riches en sucres chez l’homme. Un patient est considéré comme dépendant aux produits sucrés, ou à une autre substance, quand il présente au minimum deux des onze critères d’addiction définis par le DSM (Manuel diagnostique des troubles mentaux, ndlr) pendant au moins un an. Or, de nombreuses personnes affirment ne pas pouvoir réduire leur consommation de sucre bien qu’elles aient conscience des effets délétères sur leur santé. C’est là une signature des plus courantes».

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Le goût du sucre augmente avec la prise de poids

Son pouvoir d’addiction semble toutefois moins important que celui évalué chez les rats en 2007. D’après les études, 5 % des consommateurs réguliers pourraient développer une dépendance aux délices sucrés (ce qui est déjà très important pour un simple nutriment) alors que 20 % des usagers de cocaïne deviennent accros à cette drogue et que 30 % des fumeurs s’aliènent à la cigarette. Néanmoins, précise Serge Ahmed, «le pouvoir d’addiction du sucre augmente avec la prise de poids. Une étude récente réalisée chez des femmes obèses a montré que près de 25 % d’entre elles avaient une relation addictive au sucre! Vous imaginez le problème? Il y a 7 à 8 millions d’adultes souffrant d’obésité en France et un quart peuvent être potentiellement accros au sucre alors qu’ils devraient maigrir et donc réduire les apports… en sucre!»

Mais d’où vient cette appétence? Et comment y faire face? «Le goût pour le sucré est inné», explique le Dr Pierre Nys, endocrinologue-nutritionniste. Nous l’apprécions donc tous très tôt». Par ailleurs le sucre a un effet apaisant et antistress avéré. Aussi dans un monde qui angoisse, il s’invite facilement à table. Enfin, chez certaines personnes, l’ingestion de sucres (glucides) aboutit à un effet paradoxal: des baisses de glycémie (le taux de sucre dans le sang) dites réactives. Devant l’apport sucré, l’organisme sécrète une quantité importante d’insuline – une hormone hypoglycémiante – dont l’effet persiste après que la glycémie est redevenue normale. Le cerveau ne tolère pas cette hypoglycémie et réclame encore du sucre.»

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Le sucre active le circuit de la récompense

Quant à l’addiction au sucre, elle trouve son origine au plus profond du cerveau, là où agissent toutes les autres drogues. Le sucre stimule des neurones qui projettent leurs ramifications vers une région particulière du cerveau: le noyau accumbens. C’est la pièce maîtresse de ce que l’on appelle le circuit de la récompense. Le sucre l’active par deux voies: soit en excitant des capteurs sensoriels de la langue, soit en pénétrant directement dans le cerveau. Stimulés, les neurones sécrètent de la dopamine, une molécule qui assure la communication entre certaines cellules nerveuses, et influence alors des fonctions comportementales, tel le désir de renouveler l’expérience du goût sucré.

Quand, activé par certains stimuli de l’environnement, le noyau accumbens est «dopé» à la dopamine, ces stimuli prennent une valeur motivationnelle. Ainsi, lorsqu’un homme préhistorique mangeait des fruits gorgés de sucre découverts par hasard, il en tirait une immense satisfaction, laquelle, «imprimée» dans son cerveau, l’incitait à reproduire l’expérience pour retrouver cette précieuse source d’énergie. Bref, le circuit de la récompense est un dispositif adaptatif qui incite à reproduire ce qui nous est favorable. Problème: il est aujourd’hui sans cesse stimulé par notre surconsommation de sucre en dehors de toute utilité biologique. Et chez certaines personnes la recherche de satisfaction devient plus forte que la raison – qui devrait les inciter à cesser de consommer.

Le problème est très sensible chez les enfants et les ados. C’est à leur niveau qu’il faut agir en priorité. Il leur est difficile de comprendre que le sucre – un aliment si goûteux – puisse être une drogue et avoir à long terme des effets négatifs sur leur santé. Il faut donc leur expliquer encore et encore, mais aussi aux parents, recommande le Dr Nys,«car, trop souvent, ils en abusent pour calmer leurs enfants». L’enjeu est important car on sait maintenant que, plus le système de récompense est sollicité précocement, plus le seuil de satisfaction sera difficile à satisfaire et le besoin de sucre intense.

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