Savoir pour comprendre : le Gaspillage Alimentaire…

Quel gâchis ! Alors que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants meurent de faim dans le monde, nos sociétés de l’opulence se permettent un gaspillage alimentaire difficile à qualifier.

Céline Garcia nous communique un petit dossier de Blandine Le Cain,  publié dans le Figaro le 16 Octobre 2017, et mis à jour le 15 Novembre 2017. (Ce dossier comporte aussi une petite vidéo en fin d’article)

Céline Garcia

Le gaspillage alimentaire ne se joue pas seulement dans nos frigos

Le gaspillage alimentaire ne se joue pas seulement dans nos frigos

INFOGRAPHIES – La journée du 15 novembre y est consacrée : le recyclage est l’une des pistes à développer pour optimiser nos ressources et préserver notre planète. Cette pratique peut notamment aider dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, qui se joue à différents niveaux de production et de consommation.

Cela va de la salade un peu trop flétrie au steak périmé que l’on jette par crainte d’en tomber malade. Le lien entre ces deux situations, c’est le fléau du gaspillage alimentaire, qui pousse des millions de tonnes d’aliments vers la poubelle ou la nourriture animale alors qu’il a été cultivée pour une consommation humaine. Car on entend par gaspillage l’usage d’un aliment consommable par l’humain mais qui est utilisé pour autre chose que l’alimentation humaine alors que cela est évitable.

En 2016, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise d’énergie (Ademe) a livré une longue étude sur le sujet. Nous revenons sur ses principaux enseignements, et notamment la façon dont le gaspillage s’insinue tout au long de la production d’un aliment.

• Un coût écologique et économique

Selon les chiffres de l’Ademe, presque un cinquième (18%) de la production alimentaire totale est perdue lors des différentes étapes allant de la production à la consommation. Au total, ce sont 10 millions de tonnes annuelles de nourriture qui ne sont pas consacrées à l’alimentation. Rapporté à la population, cela fait 150 kg de pertes et gaspillage par personne chaque année.

Ces chiffres restent toutefois indicatifs. D’abord parce que les pertes et gaspillages varient énormément d’un produit à l’autre. Ensuite parce que certains produits changent de nature au fil des processus, ce qui complique l’évaluation des pertes. L’étude prend notamment l’exemple des produits laitiers, dont 90% ne sont pas du lait au final. Un bilan par étape et par produit est donc à privilégier.

Sur le plan économique, évidemment, la facture est aussi lourde que la masse d’aliments gaspillés: 16 milliards d’euros sont perdus dans ce phénomène, si l’on en croit l’estimation de l’Ademe. Or, cet impact est essentiellement supporté par les consommateurs. L’étude cite notamment l’exemple des pertes et gaspillage en restauration collective, qui leur est finalement facturée. Outre la perte d’aliments, ce gaspillage se chiffre également en bilan carbone. Le coût des ces pertes représente 15,3 millions de tonnes d’équivalent carbone, dont 44% est liée à la consommation. Cela représente 3% des émissions de gaz carbonique de la France, rappelle l’Ademe.

• Les pertes ne concernent pas le seul consommateur

Pour mieux analyser le gaspillage, l’Ademe distingue donc quatre étapes de vie des produits alimentaires pour estimer les pertes et gaspillages productiontransformationdistributionconsommation.

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La consommation est le secteur où le gaspillage est le plus important, avec 7,3% des produits atteignant cette étape qui sont perdus. Mais au final, les trois autres étapes cumulent une perte de presque 12%, avant donc que le consommateur n’ait accès aux produits.

• Des produits plus gaspillés que d’autres

Le gaspillage atteint également des niveaux très différents selon les secteurs d’aliments, et en fonction de chaque aliment. Ainsi, en moyenne, la part de produits perdus s’élève à un sur dix pour les fruits et légumes, qui souffrent d’une fragilité et d’une conservation plus faibles. Le chiffre n’atteint «que» 5% pour les grandes cultures -les céréales notamment- et seulement 1% pour les productions animales.

Pour voir la vidéo : Cliquez sur la Fleche ci-dessous :

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De façon générale, les produits les plus soumis aux problématiques de gaspillage sont les fruits et les légumes, dont la conservation et le transport posent le plus de problèmes. Souvent oubliées, toutefois, les grandes cultures -riz, blé…- sont aussi marquées par une perte importante de la production à la consommation humaine. En cause, les pertes importantes à la récolte, faute de moyens techniques adaptés ou en raison d’une surproduction, ainsi que le gaspillage relativement élevé au niveau du consommateur, qui laisse souvent de ces ingrédients dans son assiette.

• Des solutions à explorer

L’étude de l’Ademe liste plusieurs pistes qui permettent de diminuer ce gaspillage.

Au niveau de la production, l’association prône un assouplissement des exigences imposées aux producteurs. Celles-ci devraient davantage porter sur la qualité du produit et non son aspect dans un but commercial. Il s’agit également de limiter la surproduction et de favoriser les moyens d’en valoriser les restes en alimentation humaine, en développant, par exemple, les réseaux de dons.

Les processus de transformation des aliments sont également à revoir. Outre une révision des cahiers des charges à ce niveau également, l’une des pistes est l’élaboration de nouvelles recettes destinées à l’alimentation humaine et s’appuyant sur les produits annexes engendrés par la production d’un aliment.

En ce qui concerne la distribution, une meilleure gestion des rayons et, là encore, un effort sur les circuits permettant de valoriser les invendus permettrait de limiter le gaspillage.

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Enfin, à l’échelle du consommateur, l’évolution des comportements est évidemment un prérequis. Cela passe par une meilleure connaissance des techniques de conservation ainsi que par une meilleure compréhension des dates de péremption. On confond trop régulièrement la date d’utilisation optimale et la date de péremption d’un aliment. L’Ademe évoque à ce sujet la mise en place d’outils facilitant la gestion de ces durées, comme le permettent de nombreuses applications. L’apprentissage de recettes adaptées aux ingrédients que l’on possède permettrait aussi de diminuer la quantité d’aliments jetés à la poubelle. «La réduction des pertes et gaspillages passe par des solutions de filières intégrant l’ensemble des acteurs dans des démarches de progrès», conclut l’étude, insistant sur la responsabilité de chaque maillon de la chaîne, de la production à la consommation.

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